Enquêtes de terrain

c2i2e

Actuellement, j’anime une formation qui prépare des enseignants et des formateurs à l’obtention du C2i2e (1).

Chaque participant réalise une enquête de terrain à propos de son environnement numérique de travail professionnel.

Je trouve ces enquêtes très intéressantes, car elles montrent bien que le numérique n’intègre pas aussi facilement les pratiques pédagogiques. Les soucis matériels y sont pour quelque chose, mais aussi les usages qui parfois peinent à s’installer. La politique de l’établissement dans lequel la personne officie est porteuse ou non. Si la volonté est là de développer le numérique, alors tout est possible. Sinon, un certain marasme s’installe.

Si leur institution n’offre que peu de services numériques, les collègues n’hésitent pas à utiliser la toile pour pouvoir travailler et les outils de leurs étudiants (smartphone) durant les cours. Ils inventent ainsi des façons d’utiliser le numérique qui font évoluer leur pratique.

Jacques Cartier – www.jacques-cartier.frwww.espace-formation.eu

(1) Certificat Informatique et Internet de l’Enseignement supérieur niveau 2 Enseignant (et formateur).

Petit roman d’un formateur occasionnel. (Fiction – Page 21)

En 2010/2011, mes étudiants ne disposaient plus de formation particulière dans un Institut Universitaire de Formation des Maîtres (IUFM). Ils n’avaient plus guère de formation à la pédagogie et se trouvaient très démunis. Ils préparaient avec moi le C2i2e (Certificat Informatique et Internet de l’enseignement supérieur niveau 2 enseignant).

Mais comment utiliser le numérique en classe si l’on n’a pas ou peu de formation à la pédagogie ? J’étais confronté à la difficulté de préparer ces jeunes au C2i2e et de leur apporter un bagage « minimum » en pédagogie sur une soixante d’heures de cours en deux ans…

J’ai ainsi pas à pas constitué avec eux une carte conceptuelle (document de travail et de réflexion) pour les aider à préparer une séance pédagogique incluant le numérique :

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Cliquer sur l’image pour ouvrir la carte

En fait, on s’aperçoit qu’il y a des constantes dans la préparation d’une séance en classe, que l’on utilise le numérique ou non. Mes étudiants n’avaient pas le réflexe d’en écrire les objectifs, de se poser la question des prérequis, de repérer les principaux savoirs, savoir-faire ou attitudes à faire acquérir à chaque étape.

Ils étaient assez démunis quant à l’organisation matérielle de la salle informatique, ils ne pensaient pas à l’utilisation de casques audio par exemple.

Et puis, ils n’avaient aucun recul par rapport au droit d’auteur. Ils utilisaient des ressources de l’Internet sans se soucier le moins du monde de leur licence d’utilisation. Nous avons fait un gros travail sur ce sujet en découvrant les licences Creative Commons.

Je me suis aperçu (une fois de plus), au-travers de cette expérience, que le métier d’enseignant doit s’apprendre. Certes, certains jeunes ont la fibre, l’intuition. Ils inventent vite et efficacement les activités que leurs élèves auront à réaliser. Mais cette immanence est fugitive et peu reproductible.

Jack, formateur occasionnel.

À suivre …

Lien vers les pages du petit roman : http://jacques-cartier.fr/roman/

© 2015 J. CARTIER

Petit roman d’un formateur occasionnel. (Fiction – Page 20)

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Le formateur occasionnel est en peine d’écriture ce matin. L’actualité qui secoue la ville de Paris est dans tous les esprits. Les bougies sont sur les rebords des fenêtres et scintillent avec tristesse.

Les personnes passionnées par la pédagogie n’aiment pas que l’on brûle les livres, elles sont attachées à la liberté d’expression, au respect des personnes.

C’est un peu leur raison d’être.

Vous serez peut-être étonné que le petit roman s’intéresse à ce moment tragique, que le contenu de cette page 20 soit hors sujet.

Mais la pédagogie n’est jamais hors du contexte de la société. Une société s’appuie sur son école pour former les citoyens. Dans notre pays, on parle de l’école de la république :

« …l’École de la République est également le lieu de l’apprentissage de la citoyenneté et du « vivre ensemble », capable de former des citoyens éclairés, de transmettre et de faire partager les valeurs de la République ».

Source : www.gouvernement.fr/action/une-ecole-qui-porte-haut-les-valeurs-de-la-republique

A l’heure où le mot guerre revient sur toutes les lèvres, ne laissons pas de côté les mots enseignement, apprentissage, formation, savoirs. Ces mots sont facteurs de liberté pour l’individu, de recul face à des croyances exacerbées, de respect des autres.

J’ai toujours été impressionné par les écrits de Condorcet publiés il y a plus de deux siècles.

« La vie humaine n’est point une lutte où des rivaux se disputent des prix ; c’est un voyage que des frères font en commun, et où chacun employant ses forces pour le bien de tous, en est récompensé par les douceurs d’une bienveillance réciproque, par la jouissance attachée au sentiment d’avoir mérité la reconnaissance ou l’estime. »

Nicolas de Condorcet ; Sur l’instruction publique (1792)

Dès demain matin, je me remets à la création de parcours de formation en ligne. Il me faut du papier, un crayon, un clavier, une connexion Internet, un logiciel auteur, un peu de jugeote, de l’imagination, pas mal de temps. Ce sont les meilleures armes que j’aie trouvées jusqu’à présent pour mener des combats contre l’obscurantisme.

Jack, formateur occasionnel.

À suivre …

Lien vers les pages du petit roman : http://jacques-cartier.fr/roman/

© 2015 J. CARTIER

La pédagogie universitaire à l’heure du numérique

Image en Creative Commons sur flickr.com

Deux journées scientifiques dont le thème était « La pédagogie universitaire à l’heure du numérique – Questionnement et éclairages de la recherche » viennent de se terminer. Elles se sont déroulées à l’INRP de Lyon les 6 et 7 janvier 2011.

La feuille de présentation des journées indique que 95 % des étudiants disposent d’un accès à leur environnement numérique de travail et à des ressources en ligne (vidéos, cours complets, exercices et auto-évaluations, animations, simulations …)

Ce séminaire visait à se pencher sur la question des usages. Quand les outils sont présents, mis à dispostion, qu’en est-il des usages faits par les étudiants et les enseignants, et plus largement par l’ensemble de la communauté éducative ?

Les conférences de Brigitte Albéro, Isabelle Chênerie, France Henri et Bernadette Charlier ont apporté un éclairage de fond sur la thématique du jour.

L’ensemble des interventions sera mis à disposition sur Canal-U fin janvier.

J’ai remarqué, au cours de ces journées, une certaine défiance persistante quant à la capacité des technologies à influer sur la pédagogie. Comme si elles n’étaient qu’un artéfact de plus pour participer à l’acte d’enseignement et d’apprentissage.

Ce type de colloque n’est pas l’endroit pour débattre car il est plus axé sur le mode expositif. C’est pour cela que j’ai eu envie de réagir à chaud (le lendemain) sur ce que j’évoque à l’instant.

En lisant des statistiques sur le taux d’équipement de téléphones portables des jeunes de 14 à 16 ans et de 18 à 20 ans, on s’aperçoit que pratiquement 75 à 80 % de la première tranche d’âge est équipée et que le taux frise les 100 % pour la seconde. Il serait intéressant – des collègues chercheurs ont peut-être déjà commencé ou finalisé des recherches sur ce phénomène – de connaître les implications de la possession de cet outil de communication sur le mode de communication entre les jeunes, sur leur capacité d’échange, sur l’utilisation des images et des vidéos que ce type d’outil autorise.

Ainsi, si 95 % des étudiants sont « équipés » d’outils à l’Université (voir second paragraphe), quels sont les impacts sur leur métier d’étudiant au quotidien, quelles sont les conséquences sur la (les ?) pédagogie(s) utilisées par leurs enseignants ?

On pourrait vite retomber dans un éternel débat un peu vain entre technophiles et technophobes. Et si on prenait une posture de « technodistant » en se posant calmement et sereinement les questions ?

Je pense à un article de Michel Serres (1)

« Oubliez donc, un moment, les programmes et travaillez sur les canaux : les contenus, puis les méthodes pour les diffuser vous viendront par surcroît ; et vous vous étonnerez d’avoir trouvé les solutions sans les chercher. Si l’on ne comprend pas, de plus, que les collectifs d’apprentissage dépendent encore des canaux. Par oral, le vieillard expérimenté transmet son savoir à un tout autre collectif, tout autrement rassemblé, que celui qui apprend dans et par les tablettes ou les livres ; et la classe elle-même change dès lors qu’un canal à double sens fait circuler le message. Les relations des apprenants à ceux qui les enseignent, leur attitude même, se transforment de fond en comble. Oubliez donc un moment la forme des groupes et des institutions ; une autre idée de la distribution et du contrôle vous viendra, où les offres de savoir, loin de les précéder, loin surtout de s’imposer, suivent les demandes d’enseignement et s’y adaptent. Émerge, alors, un intérêt nouveau pour l’apprentissage de la part des acteurs, une réciprocité souple entre la demande et l’offre, d’où s’ensuivra, je l’espère, un lien social renouvelé. »

En travaillant sur les canaux, comme nous y invite Michel Serres, nous devrions trouver les réponses en nous appuyant sur notre pratique quotidienne et sur les apports des chercheurs.

Tout cela sans faire de mauvais procès aux enseignants qui « rechigneraient » à se « mettre aux Tice » !

(1) Cet article ouvre le hors-série du Monde de l’Education, « Apprendre à Distance », sorti en septembre 1998, sous la direction de Michel Serres et Michel Authier; Michel Serres est philosophe, fondateur et membre du conseil d’administration de Trivium

Une pédagogie efficace en foad

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Image en Creative Commons Paternité sur flickr.com

Dans un article intitulé « Favoriser la réussite des apprenants dans les formations ouvertes et à distance (FOAD) : principes pédagogiques« , Thierry Karsenti (1) utilise un tableau de Graham et al (2000) pour évoquer les principes de base d’une pédagogie efficace appliquée aux formations à distance.

Principes de base d’une pédagogie efficace Application possible pour les FOAD

1. Une pédagogie efficace encourage les contacts entre les étudiants et le formateur.

On peut établir des politiques relativement à différents types de communication. On peut déterminer des lignes temporelles pour répondre aux messages des étudiants.

2. Une pédagogie efficace encourage la coopération entre les étudiants.

Pour être efficaces, les discussions en ligne exigent des paramètres : la participation est notée; les groupes de discussion sont petits; la discussion porte sur une tâche; les tâches produisent un résultat; les tâches font participer les apprenants au contenu; les apprenants reçoivent une rétroaction sur les discussions; l’évaluation porte sur la qualité; les instructeurs affichent les attentes des discussions.

3. Une pédagogie efficace encourage un apprentissage actif.

Les étudiants soumettent des projets qui sont critiqués par leurs pairs. Ils peuvent alors se servir des critiques pour améliorer leurs projets.

4. Une pédagogie efficace favorise les feedbacks rapides.

Les instructeurs doivent confirmer la réception d’un message et donner une rétroaction sur les renseignements transmis par l’étudiant.

5. Une pédagogie efficace souligne l’effort à consacrer à la tâche.

Les instructeurs mettent l’accent sur l’effort à consacrer à la tâche. Des dates limites doivent être fixées pour les tâches et les travaux.

6. Une pédagogie efficace met l’accent sur des attentes élevées.

On peut donner des tâches exigeantes et louer le travail de bonne qualité.

7. Une pédagogie efficace respecte la diversité des talents et des façons d’apprendre.

On peut laisser les étudiants choisir le sujet de leur projet à réaliser.

L’absence physique des personnes liée à la modalité foad oblige à baser l’action pédagogique sur une communication très suivie entre les apprenants et leur(s) formateur(s) mais aussi entre les apprenants eux-mêmes.

Les retours donnés aux apprenants par le formateur sont encore plus importants qu’en présentiel. Il faut qu’il y ait toujours quelqu’un « au bout du fil ».

Pour le formateur l’enjeu est intéressant. Il se doit d’être inventif, à l’écoute, en éveil. Les contenus proposés et les tâches à réaliser doivent interroger, motiver, valoriser les apprenants. Citons Thierry Karsenti :

« La e-pédagogie, c’est l’arrimage entre les technologies de l’information et de la communication (TIC) et de l’ensemble des meilleures stratégies pédagogiques issues des grands courants théoriques. » page 6

Eh oui, la mise à distance requestionne la pédagogie en permanence !

(1) Université de Montréal, Chaire de recherche du Canada sur les Tic en éducation
Directeur du Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE)
Lien : http://www.labset.net/formadis/colloq06/conferenciers/jour1/karsenti.pdf

Article en Creative Commons Paternité 2.5