Frilosité, quand tu nous tiens !

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Estavayer le lac (canton de Fribourg – Suisse) par grand froid
Par Seb65 (Travail personnel) [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons

Mes missions m’amènent à rencontrer des organismes de formations divers et variés, des formatrices et formateurs de différents horizons.
Bien souvent, je perçois une frilosité à entrer dans une dynamique de formation à distance. Certes, l’idée est évoquée, étudiée, discutée. Mais le passage à l’acte est retardé, comme si on ne savait pas très bien par quel bout prendre le problème.

J’ai l’impression que les personnes focalisent beaucoup sur l’outil plateforme en se disant qu’elles ne seront pas capable de le gérer. L’organisme dispose fréquemment de la plateforme Moodle qui semble être une usine à gaz pour les futurs utilisateurs.

Je leur montre alors l’outil « étiquette » de cette plateforme qui permet de faire plein de choses dans un contexte de bureautique. En intégrant par exemple un lien vers un site, une vidéo, une image, …

Et je dédramatise aussi en indiquant que les savoirs du formateur pour un contenu présentiel se retrouvent en ligne : objectifs, pré-requis, évaluation, …

Ainsi, lors d’une formation, je pense qu’il faut rapidement mettre les personnes dans le bain, en leur donnant dans un cours Moodle par exemple le statut d’enseignant qui autorise la création et publication de contenus.

Et très vite, tout le monde se sent à l’aise, la glace est brisée, la frilosité fait place à un début d’engagement.

Jacques Cartier
www.jacques-cartier.frwww.espace-formation.euwww.espace-formation.biz

 

 

Passer au distant, navigation complexe

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Photo Jacques Cartier – Port de Binic

Passer au distant, navigation complexe ?

Plusieurs expériences m’ont amené à travailler avec des collègues qui oeuvrent dans des APP (Ateliers de Pédagogie Personnalisée). L’APP est fondé sur 7 principes fondamentaux :

  • la personnalisation de la formation;
  • la diversité des publics;
  • les domaines de la culture générale et de l’apprentissage technologique de base;
  • l’ancrage territorial;
  • les sources diversifiées de financement;
  • un accueil des publics en flux;
  • un fonctionnement en réseau.

Voir le site : http://site.app.tm.fr/reseau/cahier.asp

On pourrait penser que, pour le formateur en APP, le pas à franchir est aisé pour intégrer de la distance dans sa pratique. Ce professionnel de la formation est habitué à personnaliser la formation pour des publics diversifiés et à travailler en réseau. Et pourtant la transition ne se fait pas comme cela d’un coup de baguette magique…

Un des principes de l’APP est l’autoformation accompagnée : http://site.app.tm.fr/reseau/cahier.asp#6

« L’autoformation accompagnée recouvre des pratiques pédagogiques visant à développer et faciliter les apprentissages autonomes des personnes dans le cadre d’un dispositif pédagogique. Ce dispositif pédagogique, conçu par les formateurs, permet l’autonomisation progressive des apprenants. La décentration pédagogique caractéristique de l’autoformation nécessite un accompagnement, individuel et collectif, par un  » facilitateur « . Les objectifs de formation, ainsi que les modalités d’apprentissage, sont négociés et sont formalisés dans un contrat pédagogique. »

Il est relativement aisé pour le formateur d’assister la personne qui se forme car elle est présente physiquement dans la salle de formation. En formation à distance il va falloir gérer cette assistance via des outils synchrones et asynchrones, ce qui complexifie la tâche. Et comment évolue la capacité à l’autoformation de l’apprenant s’il passe d’un contexte « présence » à un contexte « distance » ? Le risque de décrochage est-il plus grand  ?

Citons Monique Linard : Contribution publiée dans : Albéro B (sous la dir. De), « Autoformation et enseignement supérieur », Hermès/Lavoisier.

« L’autoformation  confronte depuis longtemps l’éducation initiale et la formation d’adultes à une question redoutable : celle de l’autonomie des apprenants. Sa rencontre avec les TIC, outils privilégiés de l’activité autonome, rend la question désormais incontournable, non seulement en éducation mais dans tous les domaines de l’activité humaine. En posant partout le problème de sa réalisation effective, l’autonomie devient un point de fixation et un symptôme. Elle signale la difficulté des sociétés de l’information à accepter les conséquences et à aménager les conditions pratiques, individuelles et collectives, de l’indépendance dans l’interdépendance qu’impose en même temps leur usage efficace. En éducation et en formation, l’autoformation par TIC réactive le problème, obligeant à repenser à tous les niveaux la connaissance, l’enseignement et l’apprentissage ainsi que leurs modalités d’application, leurs conditions et leurs limites. »

Et plus loin dans l’article :

« L’autoformation et les pédagogies dites actives ont toujours été portées par des projets plus ou moins explicites d’autonomisation des acteurs. Chacune s’est efforcée de résoudre, en marge des systèmes établis, les contradictions qu’entraîne l’indépendance imposée. Elles ont reconnu que l’autonomie est une capacité de haut niveau, cognitive mais aussi psychologique et sociale, qui implique des qualités d’attention, d’autocontrôle, d’intelligence, de confiance en soi et de relation que peu d’individus possèdent ensemble à l’état naturel. Elles ont tiré les conséquences du constat que l’autonomie est une modalité d’action et une capacité diversement distribuée qui ne peut pas se prescrire mais qui peut Le formateur lui-même doit revoir sa copie. Quel cheminement doit-il suivre pour changer de posture et s’adapter à ces nouvelles tâches ?

Tous les acteurs sont ainsi concernés par ce changement. Il s’agit pour l’organisme de formation de bien préparer cette transition qui, au premier regard, semble couler de source…

Une navigation est toujours complexe, surtout quant elle modifie les repères des marins !