Faut-il que le formateur écrive ?

 

former_enseignants_prosLe formateur est confronté au quotidien à la qualité de son action. Mais comment faire pour avoir un retour si le contexte de l’activité est solitaire ? Comme celle de l’enseignant(e) seul(e) dans sa classe qui n’a de miroir de son action que par ses élèves, rarement de ses pairs et de son institution.

Mireille Cifali (1) , professeur ordinaire à la faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education de Genève, nous invite à écrire à propos de notre pratique. Simplement, un peu comme un geste quotidien auquel on n’accorde pas beaucoup d’attention habituellement. Mais, en fait, cette écriture peut devenir un moyen privilégié d’une analyse personnelle de nos actions devant un public.

 

« Si on apprend de l’expérience et s’y forme, avec quelle écriture peut-on construit-on des connaissances et les transmettre ? Y a-t-il une écriture spécifique de l’expérience et de la clinique ? Cette interrogation rejoint une autre, au fond fort banale puisqu’elle se résume à ceci : « Comment la pratique quotidienne s’écrit-elle ? » A la poursuite de ces simples questions, j’ai procédé à des recherches historiques – pas totalement abouties – qui me mènent à poser comme hypothèse que le récit serait l’espace théorique de pratiques (Cifali, 1995) (2). Cette  écriture proche de la littérature, que connaissent d’ailleurs l’histoire et l’ethnologie, pourrait être entrevue comme un des modes d’intelligibilité des situations du vivant. » – Page 131

Si le formateur tient à jour un document personnel (un cahier personnel, un journal de bord, un blogue, un portfolio, …) il garde la trace de ses travaux, de ses interrogations. Il peut plus facilement mener une activité réflexive sur sa pratique.

Et puis il a la possibilité, à un moment qu’il juge opportun, de partager tout ou partie de ses écrits avec des collègues. Un dialogue peut alors s’instaurer source d’une riche analyse de pratiques.

Vous pourrez lire, à l’adresse ci-dessous, des extraits de rapports réflexifs que de futurs ingénieurs en foad et des collègues enseignants en poste (master foad de l’Université de Franche-Comté) ont écrits pendant leur formation en 2006. Les uns et les autres ont utilisé un blogue pour consigner leurs écrits :

>>>  http://www.jacquescartier.net/inti2006/synthese/extraitrapportreflexif.htm <<<

Leurs tuteurs, formateurs professionnels, avaient également été invités à prendre la plume.

Bien sûr on pourrait objecter que ce type d’écriture n’a pas grand chose de scientifique. L’auteur ne partage pas cet avis :

« Notre mentalité scientifique est néanmoins choquée par l’affirmation que le récit serait l’un des espaces de théorisation des pratiques : où sont la théorie et les lois de fonctionnement; qu’apprend-on; de quelles connaissances peut-on se targuer ? Le récit appartenant à la fiction, relevant davantage de la littérature, donc du poétique et de l’imagination, serait à l’opposé de la science, loin du réel et de l’objectivité, donc du sérieux d’une recherche. Pour affirmer que le récit n’a rien à rougir sur le registre de la connaissance; que son écriture ne rejette pas la discipline qui y recourt dans l’approximation d’un art, bien des deuils doivent être réalisés et une certaine conception de ce qui est scientifique retouchée. Les historiens nous y aident. J’écrirai ailleurs pour montrer que toute réalité est reconstruction, qu’il y a non seulement compréhension mais aussi explication dans la mise en récit, et que la singularité de la situation racontée peut toucher au général où beaucoup se retrouvent. C’est à ce prix que le récit figure parmi les outils d’intelligibilité. » – Page 132

(1) « Former des enseignants professionnels » – Quelles stratégies, quelles compétences ?
Chapitre 6 : « Démarche clinique, formation et écriture » – Mireille Cifali – http://www.unige.ch/fapse/SSE/teachers/cifali/
Léopold Paquay, Marguerite Altet, Evelyne Charlier, Philippe Perrenoud – De Boeck – 2001

(2) Cifali, M. (1995). J’écris le quotidien. Les cahiers pédagogiques, 331, 56-58.

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