Travail coopératif et travail collaboratif

image122

Dans de nombreux ouvrages et articles il est fait référence au travail collaboratif.

Est-ce une théorie d’apprentissage, une méthode pédagogique infaillible ? Est-il possible pour le formateur de se « lancer » dans le travail collaboratif tête baissée ? Quelles compétences particulières doit-il posséder ?

Doit-il procéder par étapes en introduisant du travail coopératif puis du travail collaboratif ?

France Henri et Karin Lundgren-Carol apportent des réponses pertinentes à ces questions dans leur ouvrage « Apprentissage collaboratif à distance » édité aux Presses de l’Université du Québec.

Voir notre billet du 27 mai dernier :

http://www.jacques-cartier.fr/blogue/ouvrage-conseille-2ouvrage-conseille-2/ .

Dans le tableau des pages 39, 40, 41, les auteures font la comparaison des démarches coopérative et collaborative.

Ce tableau est précieux pour le formateur appelé à utiliser une démarche de ce type. Il choisira ainsi entre travail coopératif et collaboratif en fonction des apprenants dont il a la charge, de leur degré d’autonomie dans l’apprentissage. Il pourra commencer par une démarche coopérative et introduire pas à pas des activités qui feront appel à une démarche coopérative.

>>> Cliquer pour afficher le tableau <<<

Un changement de paradigme

Penser la formation ouverte et à distance nécessite de se questionner sur l’acte d’apprendre. Il ne suffit pas de mettre des ressources à disposition en téléchargement. Il y a changement de paradigme comme l’indique Monique Linard.

« On ne conduit pas une voiture de Formule Un comme un vélomoteur, ni une usine nucléaire comme une boulangerie de village. On ne peut pas non plus éduquer et former une génération née dans l’univers des TIC comme une génération qui ne l’a connu que peu ou pas du tout.

L’actualité des thèmes de l’autoformation et de l’autonomie est un révélateur puissant. Ainsi que le remarque Albéro (2000, pp. 259-260), l’autoformation sort de son statut institutionnel marginal. Elle devient un champ exemplaire de recherche et de pratiques parce que le choix fondamental entre paradigme de l’instruction et paradigme de l’apprentissage a été fait et assumé dans ses conséquences. Ce choix oblige à dépasser la coupure rationaliste entre transmission objective et assimilation subjective des connaissances.

« Il incite à prendre en compte, de façon conjonctive et non plus juxtaposée les diverses perspectives qui conditionnent le développement d’une formation autonome : la perspective existentielle des personnes, celle socio-normative des institutions et celle, propre à l’ingénierie, des dispositifs techniques. Une telle imbrication implique bien un changement de paradigme. »

Autoformation, éthique et technologies : enjeux et paradoxes de l’autonomie – contribution publiée dans : Albéro B. (sous la dir. de), Autoformation et enseignement supérieur, Hermès/Lavoisier, pp. 241-263.

On ne peut pas aborder la problématique du distant par « le petit bout de la lorgnette », il est nécessaire d’avoir une vision beaucoup large dans une triple dimension : psychologique, pédagogique et sociale. (Philippe Carré, L’autoformation, 2002)

Le principe de servuction appliqué à la foad

Préparer une formation ouverte et à distance est un travail conséquent. Dès le lancement de la formation tout doit être prêt pour accueillir les apprenants.

Mais cette préparation tient-elle suffisamment compte du principal intéressé, l’apprenant est-il au centre du dispositif ?

Ne doit-on pas appliquer le principe de “servuction” ?

Servuction : ce néologisme, proposé par Eiglier et Langeard, est le résultat de la contraction des termes SERVice et prodUCTION. Il marque la nécessité d’envisager la production de service avec des démarches spécifiques à celles de la production de biens.

« La servuction de l’entreprise de service : c’est l’organisation systématique et cohérente de tous les éléments physiques et humains de l’interface client-entreprise nécessaires à la réalisation d’une prestation de qualité dont les caractéristiques et les niveaux de qualité ont été déterminés. »

(P. Eilgier, E. Langeard)

http://www.cyber.uhp-nancy.fr/demos/MSL-DEM/premcha/premsec.html

C. Bissey et J.L Moreau voient quatre étapes :

Catherine Bissey, Jean-Luc Moreau – TIC et NET – PUF Éducation et formation – Page 137

« Il s’agit d’impliquer le bénéficiaire du dispositif dès l’amont, afin qu’il devienne réellement coproducteur du service dont il doit bénéficier »

– ingénierie de la demande ;

– conception du dispositif ;

– mise en œuvre ;

– évaluation. »

Le tableau de la page 138 intitulé “Hypothèses d’actions pour la mise en œuvre du principe de servuction sur un dispositif de Foad” est intéressant :

Étapes constitutives de l’ingénierie d’un dispositif de FOAD

Propositions d’actions pour l’application du principe de servuction

1. Ingénierie de la demande

  • paramétrer le différentiel entre les compétences réelles et les compétences attendues
  • analyser le contexte, les contraintes et les ressources
  • formaliser les objectifs et les résultats attendus


Interviews d’un échantillon des personnes ciblées par l’action

Validation par des personnes cibles du contexte, des contraintes et des ressources

2. Conception du dispositif

  • construire un plan de masse du dispositif
  • définir les modalités d’organisation de la formation, les acteurs, les outils, les supports, les modes de communication…
  • définir les critères et les modalités de suivi et d’évaluation


Participation de personnes cibles à la conception
Groupes tests pour vérifier la pertinence des choix
Identification et intégration des résultats attendus des bénéficiaires

3. Mise en œuvre

  • conduire et assurer le suivi du dispositif de formation


Individualisation des parcours
Développement de l’interactivité et du réseau des acteurs
Accompagnement des bénéficiaires en juste à temps
Évaluations et ajustements intermédiaires

4. Évaluation

  • évaluer les résultats et mesurer les éventuels écarts par rapport au cahier des charges
  • ajuster


Évaluation de la réalisation des objectifs individuels
Utilisation des résultats de l’évaluation
Traitement individuel des écarts