Le spécialiste de la souris

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De nombreux enseignants s’emparent des Tice au quotidien peut-être sans le savoir, comme un Monsieur Jourdain. Car aujourd’hui faut-il être un spécialiste ? Les usages répandus dans et hors champ de l’école sont en train de s’interpénétrer. La différence n’est plus aussi sensible qu’au temps des NTIC. D’ailleurs cet acronyme a disparu du vocabulaire quotidien pour migrer vers Tic et Tice.

Mais à leur tour Tic et Tice ne vont-ils pas disparaître lorsque les usages en seront à leur maturité, que l’utilisation au quotidien de ces technologies sera aussi naturel que de décrocher le téléphone.

Enseigner avec les Tice ne posera plus de problème particulier sauf celui, permanent et irréductible à l’acte d’apprentissage, de la démarche pédagogique de l’enseignant.

Fini le temps du spécialiste, du pionnier, place à l’usage !

« Si dans les écoles, on passe très vite de « la craie à la souris », la légitimité de « spécialiste de la souris » éducative n’aura pas plus de sens que celle de « spécialiste de la craie » et de ses usages. » (1)

(1) Jacques Wallet (laboratoire CIVIIC Rouen) – « Au risque de se passer des NTICE » – http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00136697 – Archives Edutice

L’espace de travail virtuel

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Dans « Lettre à un jeune professeur » (1) Philippe Meirieu s’adresse aux jeunes collègues qui débutent dans la carrière d’enseignant. Il leur donne ce conseil pages 59 et 60 : 

« Pourquoi  ne pas prendre le temps, avant l’arrivée des élèves, de disposer les tables pour favoriser le type de communication qu’on veut promouvoir ? Pourquoi ne pas décrire précisément au tableau les objectifs et le déroulement de la séance afin qu’en entrant, les élèves sachent, d’emblée, ce qu’on attend d’eux ? Pourquoi ne pas inventorier précisément avec eux le matériel dont on aura besoin, afin de s’assurer qu’il est à portée de main ? Je tiens, pour ma part, ces opérations élémentaires pour essentielles : elles incarnent le projet d’enseigner et construisent le cadre indispensable pour que les élèves se mettent en position d’apprendre. A l’université même, je ne laisse jamais les étudiants pénétrer dans une salle sans avoir minutieusement installé le matériel et les documents que nous utiliserons, sans avoir déposé sur chaque table le plan de la séance. Et j’exige qu’en entrant, on respecte un espace structuré qui, déjà, prépare l’esprit. »

Il en va de même en foad pour organiser la scénarisation des activités pédagogiques et le suivi des apprenants :

  • préparer le ou les espaces de travail virtuel (organisation, saisie des participants, ergonomie, aspects techniques, …)
  • préparer minutieusement les consignes de travail et les mettre à disposition des étudiants en temps et en heure
  • organiser les activités dans le temps
  • mettre à disposition les ressources de façon claire
  • gérer, suivre, modérer les échanges entre apprenants
  • tutorer les apprenants aux niveaux sémiocognitif (a), sensorimoteur (b), praxéologique (c), relationnel (d) et réflexif (e) (2)
  • expliquer quelles seront les types d’évaluations et leur séquencement pendant la durée de la formation

Un dispositif de foad est avant tout pédagogique, bien loin du  technologique. Il est certes plus aisé de donner dans le technologisme que de se pencher sur la difficulté inhérente à imaginer l’acte d’apprendre.

1. Lettre à un jeune professeur – Philippe Meirieu – ESF éditeur – 2005
2. Apprendre en présence et à distance – Une définition des dispositifs hybrides – Revue Distance et Savoirs – Volume 4 – N° 4/2006
Bernadette Charlier (Université de Fribourg) – Nathalie Descrhryver, Daniel Peraya (Université de Genève) – Page 479 « méta » fondamentale pour les processus d’apprentissage

a) Connaissance de l’objet (savoir, action, sujets (soi ou des autres)
b) Comportements gestuels et moteurs induits par l’instrument
c) Conditions de réalisation de l’action
d) Relation entre les sujets
e) Porte sur le sujet lui-même, dimension

Activité dans un forum

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« Dans un forum, les idées ne s’évanouissent pas. Les messages sont mis en mémoire et deviennent des objets tangibles qui pourront être manipulés, placés dans une base de données, annotés, commentés, critiqués, restructurés, etc. Rien de ce qui s’est dit ne se perd et toutes les idées peuvent être récupérées à tout moment dans leur intégralité. »
France Henri, Karin Lundgren Cayrol
« Apprentissage collaboratif à distance » – Presses de l’Université du Québec – 2003

Le forum est souvent un lieu d’échanges utilisé dans un environnement virtuel d’apprentissage. Mais il est souvent « fourre-tout » et perd ainsi de sa pertinence. Il est important de lui donner un but précis, de l’organiser dans le temps pour en faire une activité pédagogique claire.

La « fouille collective » est proposée par France Henri et Karin Lungren Cayrol comme une activité accessible à des apprenants débutants :

  • Un sujet est donné par le formateur
  • Les apprenants sont invités à venir participer à l’activité en publiant des messages dans un forum dédié
  • Un synthèse est réalisée à partir des messages déposés.

Exemple de consigne :

Nous allons mener une activité collective sous la forme d’une fouille collective pour aborder la problématique du coût de la foad. A partir de vos recherches faites sur Internet et publiées dans le forum dédié, nous constituerons une base de données d’informations que nous organiserons ensuite en réalisant une synthèse.

Pour aller plus loin :
– France Henri, Karin Lundgren Cayrol – Apprentissage collaboratif à distance – Presses de l’Université du Québec – 2003

– Revue Alsic (François Mangenot) – 2003
 http://alsic.u-strasbg.fr//Num10/mangenot/alsic_n10-rec10.htm

 

L’autoformation sèche

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On pourrait être tenté de construire un dispositif se limitant à de l’autoformation « sèche » !

Des ressources sont mises à disposition, l’apprenant se connecte et travaille seul … Aucun accompagnement n’est prévu, aucune assistance, aucune évaluation, …

Mais peut-on alors parler de formation ?

La circulaire de la DGEFP du 20 juillet 2001 est claire à ce sujet :

« Ainsi la simple cession ou mise à disposition de supports (manuels, logiciels, matériels) à finalité pédagogique n’a pas la nature d’une action de formation professionnelle et doit être analysée, selon les circonstances, comme une livraison de prestation de services ou de biens. »

Nous avons évoqué cette circulaire dans un précédent billet : ◊◊ Cliquer ◊◊

La structuration du dispositif de formation, un accompagnement par différents partenaires, des objectifs pédagogiques précis, des évaluations formatives et sommatives, la délivrance d’une attestation de suivi, une gestion financière adaptée sont des éléments de fond qui donnent à la foad un réel sens.

L’acte d’apprendre nécessite beaucoup de soin !

La formation ouverte et à distance, une simple modalité de formation ?

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La « Circulaire DGEFP(1) no 2001-22 du 20 juillet 2001 relative aux formations ouvertes et/ou à distance « FOAD » : définition, obligations des prestataires, imputabilité des dépenses sur l’obligation de participation des employeurs » est un document à mettre entre toutes les mains de personnes qui souhaitent intégrer du distant dans la formation continue ou initiale. (télécharger la circulaire)

 

Dans le paragraphe 2.3 on peut lire ce qui suit :

« Les modalités d’assistance pédagogique et d’encadrement constitueront un élément central d’appréciation de la réalité de la formation. Il en est de même des moyens mis en œuvre pour évaluer et valider les formations. »

« Ainsi la simple cession ou mise à disposition de supports (manuels, logiciels, matériels) à finalité pédagogique n’a pas la nature d’une action de formation professionnelle et doit être analysée, selon les circonstances, comme une livraison de prestation de services ou de biens.

« Tel est le cas, notamment, des opérations dont le seul objet est la fourniture à un tiers de matériels (ordinateurs, matériel audiovisuel, etc.), ou bien de « cours en ligne » sans accompagnement humain technique et pédagogique, ou encore d’applications pédagogiques livrées sous la seule forme de supports numériques, disquettes, CDROM) ou cédées par voie de téléchargement.

Il est ainsi clairement indiqué que l’accompagnement par un « formateur-tuteur » est déterminant. Cette personne assure différentes médiations que Brigitte Albéro (2) classe en trois types : une médiation portant sur les contenus de l’apprentissage – processus enseigner -, la seconde sur l’appropriation des ressources – processus former -, la troisième sur la relation de l’apprenant aux ressources et contenus de l’apprentissage – processus apprendre -.

« Le formateur-tuteur est au cœur du dispositif de formation mais sa participation au processus d’apprentissage ne doit pas se limiter à sa seule présence in situ. D’autres types d’encadrement existent, tels que l’accompagnement pédagogique et technique dans le cadre d’un lieu-ressource, le tutorat à distance qu’il soit synchrone ou asynchrone, etc. » (Paragraphe 3 de la circulaire DGEFP)

On ne se situe ainsi pas dans un contexte d’autodidaxie dans lequel l’apprenant serait laissé à lui-même mais dans un contexte d’autoformation tutorée.

Alors, la formation ouverte et à distance, une simple modalité de formation ?

Son introduction est un moment privilégié pour revisiter la problématique de la formation tout au long de la vie, s’interroger sur l’apprentissage en s’appuyant sur les recherches en sciences de l’éducation – en étudiant par exemple la notion d’apprentissage autodirigé – , réfléchir à la place de l’apprenant au centre du dispositif, questionner et aider le formateur à assumer les modifications nécessaires apportées à sa pratique et de façon plus profonde à son habitus (3), penser les changements nécessaires quant au travail de gestion organisationnelle et financière, d’ingénierie de l’organisme de formation qui se lance dans cette nécessaire aventure.

(1) DGEFP : Délégation Générale à l’Emploi et la Formation Professionnelle
(2) ALBERO, B., 2000, L’autoformation en contexte institutionnel. Du paradigme de l’instruction au paradigme de l’autonomie, Paris : L’Harmattan
(3) Habitus : manière d’être, aspect général de quelqu’un, de quelque chose

Le 10.000 ème visiteur

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Créé le 10 mai 2006 notre blog fête son 10.000 ème visiteur !

Magie de l’Internet comme outil de communication, magie du blog comme outil d’écriture.

Merci aux personnes qui ont accepté de publier des billets. Les contributions par des apprenants, des spécialistes nationaux et internationaux de la formation à distance, ont été nombreuses.

 

A vos claviers !

L’apprenant au centre du dispositif

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Dans la littérature foad on emploie souvent l’expression « l’apprenant au centre du dispositif« . Claire Belisle (1) a une autre vision des choses, elle place « l’apprentissage au centre du dispositif« .

Vous serez certainement intéressé(e) par son intervention sur Canal-U :

Adresse du site Canal-U : http://www.canalu.fr/canalu/index.php

Cliquer :
– Profession formateur
– Images de la formation à distance
– Témoignages d’acteurs
– Belisle Claire
– Foad et NTIC

(1) Claire BELISLE, psychosociologue, ingénieure de recherche en sciences humaines et sociales au CNRS, experte auprès de la Commission européenne pour l’évaluation de projets de recherche en multimédia éducatif analyse le rapport FOAD et NTIC.

Prendre le temps d’analyser le besoin

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« L’analyse des besoins est une étape souvent négligée des démarches de développement. Qui ne connaît pas de projets technologiques qui ont débuté par le choix d’un logiciel ou d’un média, suivi de celui des contenus, pour ensuite mener à une production pour laquelle on cherche encore le besoin ?

Comprendre le besoin, c’est non seulement déterminer les fonctionnalités et les qualités que doit posséder le système d’apprentissage mais aussi comprendre les contraintes et opportunités du contexte dans lequel il s’inscrit. »

Lucie Audet – Pour franchir la distance
http://www.refad.ca/nouveau/guide_formateurs_FAD/guide_formateurs_FAD.html

Il peut sembler plus facile « d’entrer par la porte technologique » dans un projet de formation distance et oublier de ce fait les besoins réels auxquels répond le dispositif à mettre en place.

Cette erreur résulte d’une précipitation à concevoir, produire, mettre en ligne. Certes, ces phases sont essentielles mais il est important de les placer « au bon endroit » du projet. Certainement pas à son démarrage, avant toute étude des contextes externe et interne dont parle Lucie Audet. (page 12)

Une formation bien pensée, utilisant une technoloigie simple (comme le courriel), sera certainement plus pertinente et performante qu’un dispositif « au top » de la technologie mais qui, en route, aura oublié les apprenants, leur contexte de vie, leur culture, leurs contraintes.

Il est urgent de se hâter lentement !

 

La taxonomie de Bloom

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Il n’est pas toujours aisé pour le formateur de bien analyser le type de connaissances qu’il souhaite faire acquérir à ses apprenants.

Sont-elles d’ordre cognitif, psychomoteur, affectif ?

Sont-elles de même niveau : connaissance, compréhension, application, analyse, synthèse, évaluation ?

La taxonomie de Bloom aide ainsi le formateur à mieux adapter les activités qu’il propose en fonction des domaines et niveaux de compétences qu’il aura identifiés.

Lucie Audet aborde ce sujet de façon claire :


Lucie Audet sur : http://archives.refad.ca/nouveau/guide_formateurs_FAD/guide_formateurs_FAD.html#3_0

Bonne réflexion !

La formation Soffia en cours de conception

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Nous sommes en train de préparer une formation de formateurs à la distance appelée SOFFIA (Système Ouvert de Formation de Formateurs Inter Académique) avec des collègues des Dafco de Poitiers et de Besançon.

Cette formation dure 70 heures réparties sur 28 heures en présence (4 jours) et 42 heures à distance. Elle regroupe 28 formateurs et est organisée autour de 5 modules :

1. Formation ouverte et à distance : concepts, définitions et ingénierie

2. Utiliser un espace de travail collaboratif

3. Conduire un projet en formation ouverte et à distance

4. Concevoir et mettre en oeuvre un parcours individualisé et des outils d’autoformation accessibles à distance

5. Rôle du centre de ressources dans un dispositif de formation individualisée ouverte et à distance.


Nous utilisons
un environnement d’apprentissage virtuel basé sur 3 outils différents en fonction des besoins de cette formation :

– la plateforme« e-cafoc » (plate-forme élaborée par la Dafco de Besançon) qui servira de lieu de ressources, de communication, de suivi et de productions personnelles ;

– le collecticiel « QuickPlace« , hébergé par le pôle de compétences foad du Ministère à Toulouse, sera utilisé pour les activités collectives (travail coopératif et travail collaboratif) ;

– la plateforme « Centra » hébergée par le pôle de compétences foad du Ministère à Toulouse pour les échanges synchrones (audioconférence).


>>> Planning de la formation <<<

Pour les concepteurs il s’agit de préparer un mélange « savant » d’activités qui vont concourir à la qualité des apprentissages en utilisant les spécificités des 3 lieux virtuels avec pertinence.

Il y a encore « du clic sur la planche » pour être prêt fin septembre ! Nous vous donnerons des nouvelles.