La plateforme collaborative, nouvelle terrasse pédagogique

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Quand mes collègues m’ont sollicité pour organiser un stage leur permettant de produire en situation pédagogique un site web, j’avoue avoir été fort ennuyé… surtout après avoir accepté. Que voulaient-ils donc ? Le savaient-ils eux-mêmes ? Voulaient-ils effarer le monde des travaux de leurs ouailles ou pensaient-ils que la fée TICE permettrait de mieux ingurgiter certains pensums ? Pourquoi les ennuyer avec Dreamweaver ou un autre générateur alors que les outils d’Office 2003 que chacun utilise acceptent un transfert HTML de bonne facture ? Mais il est rare, qu’un seul parasol donne de l’ombre à toute la terrasse et l’on s’aperçoit vite que chaque client, bien que voulant s’asseoir à la même table a des attentes bien différentes, un positionnement sol y sombra qu’il est bien difficile d’éclairer.

C’est en observant ma quinzaine de collègues que me sont venus les premiers doutes : un conglomérat sportif d’un côté et un pôle scientifico-linguiste de l’autre ainsi que deux ou trois brebis égarées dont je savais les compétences et qui géraient depuis longtemps leur propre site. Mais qu’exigeaient-ils donc ? A noter leurs insidieuses questions et à remarquer leurs messes basses, je fus vite convaincu qu’ils ne souhaitaient pas un balcon pour se montrer au monde mais exigeaient une terrasse pour y inviter du monde.

Les sportifs organisaient au mois de mai le championnat de France UNSS de rugby. Que voulaient-ils ? Une base d’information et de documents qui seraient utiles aux douze équipes sélectionnées, la possibilité de placer en temps direct articles et photos après chaque match afin que ceux restés au pays et les presses locales puissent y accéder, un tableau des résultats sous Excel toujours actualisé. J’échappais, et j’en fus fort heureux, à la diffusion vidéo des matchs en flux continu.

Les scientifico-linguistes se sont lancés dans un projet Coménius sur 3 ans regroupant huit lycées européens (Italie, Turquie, Finlande, Pologne…) sur l’analyse des paysages. Le français et l’anglais servant de langues de communication… nous permettant d’échapper aux douces gutturales du finnois. Il s’agira ici d’avoir un espace d’échange documentaire, de pouvoir gérer des tâches et un agenda. Monter un dossier Coménius qui sera retenu par chaque agence locale -ce sera d’ailleurs le cas- est une véritable aventure. Les élèves de chaque lycée auront par exemple à choisir un sujet transversal et devront pouvoir collaborer pour n’exposer qu’un document unique. Cela exige que le support soit compatible et modifiable par tous. Si le projet Coménius prévoit que les enseignants et les élèves se rencontrent in vivo, la réalisation des différents projets exige que les élèves puissent se voir, se parler et modifier leurs productions en temps direct… sur une terrasse virtuelle.

Les premiers indices pouvaient laisser penser qu’une initiation au blog serait peut-être suffisante mais je fus rapidement convaincu devant les nouvelles attentes qu’il fallait s’appuyer sur des plateformes CMS et se lancer dans SPIP qui reste l’ouverture gratuite la plus référencée. En lançant quelques appels au secours, je pouvais découvrir que du côté de l’université ou de l’IUFM des plateformes étaient disponibles. C’est Jacques Cartier qui me fit savoir que l’Etat disposait de licences permettant l’utilisation de Quickplace pour le CMS et de Centra-classe virtuelle pour la visioconférence. Quelle terrasse !

Centra d’après nos divers essais ne pose aucune difficulté et permet surtout aux différents protagonistes de modifier des documents en temps direct. Le test avec les élèves s’est parfaitement déroulé dans le cadre d’un échange suédo-jurassien. Cela sera sans doute plus épique quand, à la rentrée prochaine plusieurs équipes distantes devront collaborer en synchrone.

Quickplace, tout en souffrant de quelques bugs, donne la possibilité de créer des salles virtuelles que chacun gère comme il veut. La mise en ligne directe de documents Word, la possibilité de modification par des personnes autorisées par l’auteur, la notification, la gestion des tâches… voilà qui, avec un peu de rigueur, peut se dominer facilement. Après le stage de deux jours, mes sportifs et mes scientifico-linguistes m’ont en fait fort peu sollicité. Chacun a trouvé son siège au soleil. On pourra toutefois regretter que QuickPlace n’offre pas une maîtrise experte : on reste prisonnier d’une ergonomie par menu interdisant un travail esthétique sur l’ensemble de la page. Les fonctions avancées (agents placebots…) ne sont abordées qu’en anglais, quand elles le sont. Nous sommes chez IBM et non chez le libre SPIP ! Même les terrasses sur le monde ont quelques coins d’ombre.


Bernard GOBERT
A-TICE, Cité scolaire du Pré-Saint-Sauveur (Saint-Claude)
Site collaboratif : http://qp1.orion.education.fr/ticepss

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Ndlr :

CMS : un logiciel fournissant un système de gestion de contenu. (Content Management System en anglais)
HTML : L’Hypertext Markup Language, généralement abrégé HTML, est le langage informatique créé et utilisé pour écrire les pages Web. HTML permet en particulier d’insérer des hyperliens dans du texte, donc de créer de l’hypertexte, d’où le nom du langage.
SPIP : Système de Publication pour l’Internet Partagé.
Définitions sur http://fr.wikipedia.org/
IUFM : Institut Universitaire de Formation des Maîtres.
UNSS : Union Nationale du Sport Scolaire.

 

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